Le Havre - Etretat avec le Fujifilm GFX-R

J’ai toujours eu une attirance pour les villes industrielles et pour les villes portuaires en particulier, mais là je dois dire que je n’étais pas entièrement convaincu du choix de cette destination. 

Pourtant, dès mon arrivée mes réserves se sont estompées. Certes la ville est industrielle, mais il y règne une atmosphère particulièrement plaisante. On se surprend à éprouver un sentiment de bien être tout en se demandant  dans quel endroit on a bien pu atterrir ! Ce n’est pas pour me déplaire car j’aime les endroits insolites qui nous font perdre nos repères habituels. 

Le Havre c’est déjà un autre pays, pas l’Angleterre, ni la Belgique,  qui ne sont pourtant pas si loin. Non, c’est un territoire indéterminé qui a ses particularités propres, un savant mélange d’architecture soviétique, de quadrillage de rue à l’américaine, et d’architecture néo-rétro, le tout baigné dans une lumière que les plus grands peintres impressionnistes ont su transcrire dans des toiles demeurées célèbres. 

Je comprends maintenant parfaitement que la ville ait pu être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005. 

J’ai donc eu un coup de coeur pour Le Havre. Cela tombait bien car après plusieurs mois passés sans prendre de photos, je devais en profiter pour inaugurer mes premières photos avec le Fuji GFX-R équipé d’un 45 mm 2.8 qui vient en remplacement de mon matériel précédent. Le combo était donc parfait pour passer quelques jours très agréables à profiter de la ville et de ses environs. 

Cette chronique n’est pas un guide touristique ou un test matériel pour autant ; elle est destinée à livrer un point de vue photographique sur la région tout en livrant mes impressions sur le matériel photo que j’ai utilisé. Ceux qui cherchent un point de vue plus technique trouveront à la fin de ce post un rapide bilan matériel. A ce stade je signale simplement que pour acheter ce beau bijou, il m’a fallu me séparer de tout mon matériel numérique, à l’exception d’une optique Zeiss 100 mm macro planar qui couvre le champ de ce moyen format Fuji. J’étais donc assez angoissé à l’idée de ne pas avoir fait le bon choix. 

Le symbole de la ville est incontestablement les containers. Cela tombe bien, nous résidons dans le quartier des docks, et j’ai repéré non loin de là des amas de containers en attente de chargement. 


Le quartier des docks a été complètement réhabilité, c’est désormais un quartier jeune et très dynamique. L’architecture moderne y est très présente. 

Le lendemain, il est temps de découvrir la plage, et là encore, l’endroit ne laisse pas indifférent. Nous sommes fin septembre, mais il fait très beau et les havrais sont de sortie dans les cabanes de plage. 


Je retournerai plusieurs fois sur cette plage,  et elle sera à chaque fois baignée par des ambiances lumineuses différentes. 


De la plage, on finit par arriver sur l’immense port de plaisance puis sur sur le musée d’art moderne André Malraux (MuMa) et enfin sur le quai Southampton qui a été réhabilité pour les 500 ans de la Ville. C’est un des lieux de ballade privilégié des havrais. 

Au coucher du soleil, il est fréquent de profiter de lumières somptueuses, en particulier après un orage. 

C’est aussi le terrain de jeu des skaters qui restent là jusqu’à la tombée de la nuit.

Un soir, alors que je rentrais d’Etretat, j’ai constaté qu’il y avait plus de monde qu’à l’accoutumée sur le quai. Il se trouve que le hasard m’avait conduit au départ d’un des plus beaux ferry qui navigue encore aujourd’hui comme transatlantique, le Queen Mary II. Ce fût un moment particulièrement émouvant, hors du temps. Ce navire a indéniablement une classe particulière que les navires modernes n’ont pas.

Difficile de rester au Havre et de manquer l’Eglise saint-Joseph et le volcan. Le volcan, c’est la scène nationale de la ville mais comme tout ici, c’est également un monument insolite qui à lui seul mérite le détour, ne serait-ce que pour la main qui est installée à sa base et pour ses escaliers circulaires au rendu particulièrement graphique.

Quant à l’Eglise saint-Joseph, elle est pour le moins singulière puisqu’elle a été réalisée par August Perret au moment de la reconstruction la ville et a été construite, comme les immeubles Perret, entièrement en béton. Elle est emblématique de la ville et de son architecture. Ceux qui me connaissent savent qu’il est presque impossible de me faire rentrer dans une église, mais celle-ci fait exception à la règle tant elle est insolite ! 


Pour les jours suivants, j’avais en tête deux destinations immanquables lorsqu’on réside au Havre pour un moment, le pont de Normandie et Etretat. C’était aussi l’occasion de tester les capacités du boîtier Fuji en poses longues qui constituent généralement l’essentiel de mes prises de vue. Et j’avoue que j’étais un peu inquiet. Mais une fois de plus mes doutes ont été rapidement levés. La combinaison du GFX-R et de son optique 45 mm fonctionne admirablement en pose longue. Même sans télécommande le boîtier permet potentiellement des poses longues de plusieurs heures. L’optique quant à elle ne déforme pas la réalité et vignette à peine. Le rendu est tout bonnement bluffant et mérite des tirages géants.


LE PONT DE NORMANDIE

Traverser la Seine du Havre à Honfleur en empruntant le pont est en soi un exercice sympa qui justifie bien quelques photos prises au volant 🙂


Une fois passé le pont, j’ai trouvé assez rapidement un spot qui me plaisait et en y retournant à plusieurs reprises, j’aurais droit à un panel de climats normands, alternant entre grand bleu et gros orages en moins de temps qu’il n’en faut pour traverser le pont. 

ETRETAT

Il y a de nombreuses années, j’avais déjà eu l’occasion de passer par Etretat sans pour autant m’y attarder. Pour cette fois, j’aurai l’occasion d’y revenir à trois reprises. Le cadre est grandiose et ces falaises n’ont rien à envier à leurs voisine anglaises. Le premier passage se fera sous une légère pluie, mais peu importe, Etretat c’est beau à tous moments ! Et que la plage de galets soit désertée n’est pas pour me déplaire !

Par marée basse, on peut facilement accéder par un tunnel de secours à une des nombreuses plages d’Etretat.  Attention à ne pas se faire coincer par la marée montante au risque de devoir attendre plusieurs heures dans un abri aménagé dans la roche pour les imprudents !


Enfin, il serait dommage de visiter Etretat sans faire un détour par les jardins paysagers d’Etretat, créés en 2016 sur le site d’un jardin existant près de la Villa Roxelane sous la direction d’Alexander Grivko. On peut notamment y admirer les fameuses sculptures en forme de tête qui représentent les différentes émotions humaines. 

RETOUR AU HAVRE

Pour les derniers jours du séjour au Havre, j’avais repéré dans le guide du routard un endroit insolite dans le quartier breton, le “Salon des navigateurs”, un drôle de salon de coiffure tenu par Daniel, 84 ans, coiffeur de père en fils et qui entend bien perpétuer la tradition héritée de son père. Le salon est également un musée dédié aux outils de la coiffure, il fourmille de pièces toutes plus originales les unes que les autres. Mais Daniel qui vous fera volontiers visiter son musée n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de vous tailler le cheveu avec ses outils d’époque :) Très franchement, cet endroit mérite un détour et j’espère que Daniel réalisera rapidement son projet de voir quelqu’un reprendre son salon de coiffure en continuant d’utiliser les outils et les techniques hérités de son père. 



Une petite vidéo de cette expérience avec Daniel. Le GFX-R ne s’en sort pas trop mal ! 


Si vous voulez découvrir un autre endroit insolite, dirigez-vous vers le funiculaire du Havre qui permet une jonction rapide entre le centre ville et les hauteurs. Pour 50 centimes que vous donnerez directement au pilote, vous vous offrirez un court voyage dans le temps. Le funiculaire n’est pas automatisé et le pilote est un peu comme ces derniers gardiens de phares avant l’automatisation de ces derniers. 

Je suis également venu pour les paysages et les friches industrielles. L’accès au port en tant que tel est interdit et il est difficile de s’approcher des grues, mais à force de serpenter la ville, on trouve bien quelques spots. Je finirai par me faire arrêter par un gendarme qui me rappellera qu’il faut une accréditation mais qui me laissera gentiment terminer quelques clichés. 

Un soir, je roule un peu au hasard au sein de la gigantesque zone industrielle de la ville.


Au final, vous l’aurez compris, j’ai adoré la ville du Havre. C’est une grande ville de caractère, dynamique et insolite. J’ai eu un gros coup de coeur pour Etretat qui malgré son côté carte postale reste une destination magique. Le site est si monumental qu’il est difficile de traduire cette sensation d’immensité en photo. 

Lors de ce séjour, j’ai changé mes habitudes en restant plus longtemps sur place, évitant ce qui m’arrive souvent en voyage : une course effrénée pour tenter de tout voir dans un temps limité.  Je ne peux que vous inciter à aller découvrir ce territoire et notamment la ville du Havre qui jouit injustement d’une réputation compliquée. 


Quant à l’appareil photo, je ne suis pas déçu de m’être séparé de tout mon matériel pour lui. Il révèle bien sûr tout son potentiel non pas sur Instagram mais dans le cadre de grands tirages, ce qui le rend un peu exclusif. Il semble parfait pour ma pratique photographique même si je lui adjoindrais bien une autre des magnifiques mais très onéreuses optiques Fujinon qui ont été conçues pour la série GFX par Fuji, notamment les 23 et 110mm. De façon très subjective voici pour moi quels sont les principaux avantages et inconvénients de ce sytème :

- Au titre des points forts, une qualité d’image superlative qui saute aux yeux sur grand écran et en particulier au moment de tirer ses images (c’est quand même le but premier de la photo) ; le format 4/3 que je préfère grandement au format 2/3 des réflex ; le boitier, sans être étanche, possède 64 points d’étanchéité ce qui est un énorme avantage pour quelqu’un comme moi qui a l’habitude de ne pas ménager son matériel. J’ai d’ailleurs pu vérifier qu’une bonne pluie ne lui fait pas peur ; sa montée en sensibilité très correcte pour un moyen format ; un poids et un encombrement modérés et un autofocus tout à fait correct pour un moyen format (toujours pour un moyen format) ; sa grande polyvalence qui lui permet d’être utile du reportage à la pose longue ; la possibilité d’utiliser des optiques tierces par le biais de bagues d’adaptation. Pour ceux qui se posent la question de l’utilisation de leurs optiques reflex sur le boîtier hybride Fuji GFX, la combinaison fonctionne très bien avec un adaptateur, en tout cas pour ce qui est de cette optique Zeiss 100mm. La couverture de l’optique est limite compte tenu de la taille du capteur mais le vignetage résiduel se corrige facilement sous Lightroom ou Camera raw, surtout bien sûr si on ne shoote pas à pleine ouverture. La mise au point peut s’avérer délicate à main levée mais elle est grandement facilitée par l’activation de la mise au point par contraste sur le boîtier. Pour ce qui est du Fujinon GF 45 mm 2.8, l’optique pique !, en particulier à partir de F8.  Je resterai d’ailleurs le plus souvent entre F8 et F16 pendant tout le séjour avec cette optique. Deux mots sur la qualité de l’autofocus car j’avais quelques craintes au vu de ce que j’avais pu lire : le GFX-R est un moyen format, il ne peut donc pas avoir l’autofocus d’un 1D-X mais très franchement qui achèterait ce boîtier pour couvrir les jeux olympiques ou pour de la photographie animalière ? Pour les besoins courants, le focus est plutôt réactif et autorise même la street photographie.

- Au titre des inconvénients : le viseur qui bien que très bon se situe à gauche de l’appareil sur sa version R si comme moi votre oeil directeur est l’oeil gauche. En tant que tel ce n’est pas un souci si ce n’est que votre nez viendra se plaquer contre le bel écran LCD ce qui implique de nettoyer régulièrement l’écran. Bon, ce n’est pas un inconvénient rédhibitoire mais j’avoue que de ce point de vue là la version S me conviendrait mieux🧐 ; le prix des optiques Fujinon qui bien qu’excellentes restent assez prohibitives (c’est le prix du passage au moyen format) ; du Rolling Shutter pour les vitesses d’obturation les plus élevées avec l’obturateur électronique. 


Je termine par quelques photos du port prises depuis les toits du Havre, et je vous incite à nouveau à aller visiter cette ville et ses environs.

Vos commentaires et/ou questions sont les bienvenus !



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